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Belle d’Hier

I.C.E.

Belle d’Hier

Belle d’Hier

Belle d’Hier

Pour un théatre de la peau

Je répète sans cesse que nous devons éviter toutes les formes de didactisme dans ce que nous donnons à voir au public. J’ai confiance en l’imaginaire du spectateur. Il n’y a pas là de provocation mais une certitude qu’il faut limiter notre désir d’être compris et accepter que ce que nous présentons peut être lu de manières différentes par chacune et chacun et qu’il peut donc déplaire autant que plaire. Je m’attache à créer librement en cherchant à percevoir l’émotion que me procurent certains actes.

Avec les expériences des Pièces de Glace (« P.P.P. » et « Black Monodie ») et des Pièces du Vent (« L’après-midi d’un foehn Version 1 », « L’après-midi d’un foehn » et « Vortex »), je vérifie à chaque fois la pertinence de développer un imaginaire lié à l’interaction de l’humain avec les éléments.

Avec l’équipe de Non Nova, je défends une vision d’un théâtre exigeant à « vivre » demandant un parcours de recherches long et souvent fastidieux.

Travailler avec des matériaux tels que la glace, l’air ou l’eau demande souvent des chemins d’expérimentation hasardeux et empiriques, avant d’offrir les signes d’un acte méritant sa divulgation. 

Depuis le début du projet « I.C.E. », je cherche à développer un rapport de dialogue avec le public, à travers chacune des représentations. 

Je tente de lui proposer de vivre une expérience humaine qu’il n’osera peut-être pas faire de lui-même. Ce type de recherche est une mise en danger artistique où les limites physiques et risques humains peuvent être proches, nous en sommes conscients et la peur de l’accident nous forme à l’écoute et la vigilance. 

Au-delà de ma nécessité, et plus que les applaudissements et les louanges, ce sont les mots, les écrits, les témoignages qui nourrissent mon désir de continuer sur ce chemin.

Les formes du projet « I.C.E. » s’inventent aussi de mon observation des réactions du public. Je suis à l’écoute de notre Monde et de ses mouvements, je m’en nourris et je tente de témoigner de ce que je perçois du monde et de ce qui semble faire art.

Je n’ai pas volonté à donner des réponses à la complexité de la vie, mais à questionner l’imaginaire de chaque individu et peut-être par de là, ouvrir de nouveaux dialogues. Les formes que je propose sont parfois violentes, souvent hypnotiques, androgynes certainement. Ce sont mes médiums, je les désire sans limites, indignés, provocants mais sans racolage, simplement évidents pour dialoguer avec vous. Le théâtre est pour moi, tel un trou noir du cosmos, un lieu qui doit aspirer nos désirs d’ailleurs, d’abandon de l’être… 

Nous échapperons à nos corps, peut-être !

Phia Ménard

Belle d’Hier

A quel âge ne supporte-t-on plus les fondements ? Ceux-là même auxquels nous contribuons comme tous bons élèves de la société. N’avez-vous pas remarqué que cette société qui semble immuable et si logique s’effrite pourtant au fur et à mesure que nous l’arpentons ?

Je suis née avec une cuillère d’argent dans la bouche, pas celle de la bonne société mais celle qui fait du garçon le légataire de la domination… Tous les petits garçons sont les futurs princes d’un royaume patriarcal. Pas qu’ils le souhaitent ou y aspirent, mais parce que la loi, l’usage, la foi, les religions y font attention. La cuillère dans ma bouche était seulement plaquée en argent, le métal en dessous a fini par s’oxyder et me ruiner la bouche d’un goût de rouille. J’ai essayé de me convaincre de mériter l’argent. J’ai fait partie du monde qui ne se pose pas la question d’être une proie. Normal, ce monde est celui des chasseurs, celui qui ne doute pas de son rang. 

Nous sommes en 2015 après Jésus-Christ, à l’apogée de l’Anthropocène, loin de nos origines animales fragiles et pourtant notre société est encore faite de chasseurs et de cueilleuses. J’ai basculé dans l’autre monde, celui des femmes. Je m’en suis rendue compte en traversant la ville. C’est là, la première fois que j’ai senti leurs regards et entendu leurs cris. Cette même ville que, travestie en chasseur, je traversais sans sentir leurs regards ni entendre leurs cris. De jour comme de nuit, j’étais l’homme invisible, une gazelle déguisée en lion. 

« Je t’enfoncerai mon sexe », tel est le cri structuré qu’il me faut entendre. Sous mes pas, la ville s’est transformée en un zoo binaire : l’homme est libre, la femme l’est sous surveillance, me semble-t-il. Etrange sensation d’une relation biaisée… Dois-je me conformer à ce rapport du guet-apens permanent ?

J’ai rêvé à toutes ces femmes depuis la caverne à maintenant, à la maternité de l’humanité, à ce sang coulant entre leurs cuisses qui leur a valu tant de maux, au prix de leur virginité, à leurs silences forcés…

Et puis j’ai décidé de ranger l’humanité !

Ne plus négocier la liberté et rompre la négociation éternelle. Je revendique la nécessaire émancipation des mâles, sans condition. Les princes, les sauveurs, le château, c’est has been ! 

Enfin, je me suis abandonnée en chemin. Me suis roulée dans l’herbe avec la robe retroussée. Le sexe offert aux vapeurs. J’ai crié d’un souffle libéré.

Phia Ménard,

22 juillet 2015 

Genèse de Belle d’Hier

Lorsqu’en janvier 2010 est survenue la commande d’auteure des « Sujets à Vif » par le Festival d’Avignon et la SACD, j’ai imaginé pour la première fois de monter un projet autour de la disparition du mythe. 

L’espace imposé était le Jardin de la Vierge du Lycée St Joseph d’Avignon où trône une statue de la Vierge à l’Enfant. Je me suis orientée vers une proposition autour du mythe de la Vierge en utilisant l’imagerie de cette femme vêtue de blanc et de bleu. 

Mon projet était de développer une écriture visuelle autour de tissus congelés aux formes de l’effigie divine que nous aurions regardés se transformer en serpillières sous la chaleur avignonnaise, sur les mots du poète sonore d’Anne-James Chaton…

Ce projet était techniquement trop lourd pour être réalisé aux « Sujets à Vif » et c’est finalement « Black Monodie », une forme autour des icônes féminines qui a été créée au Festival d’Avignon…

Travailler sur la disparition d’un mythe par sa transformation est pour moi une nécessité. Je me replonge sans cesse dans des questions de transformations, d’identités, d’images des corps, de la trace du temps, de l’interaction des éléments, de paysage visuel, de manipuler ou être manipulé pour tenter de questionner les codes de nos sociétés. 

Avec « Belle d’Hier », je m’attaque à la transformation d’un mythe. Je pose un regard sur cette phrase transmise de générations en générations : « Un jour, ma fille, tu seras une princesse et tu rencontreras le prince charmant ». Une petite phrase anodine en apparence mais surtout l’ébauche du mythe hétéro-patriarcal qui voudrait que la femme soit sauvée de ce monde par l’arrivée de l’homme !

Ne voyez-vous pas là quelque chose de désuet se construire sur un mythe ?

Je suis d’une génération nourrie de révolutions inachevées. Celle d’une libération de l’être plus que d’une revendication de son égalité. Je suis une femme en devenir et je pense l’être jusqu’à la fin. Je m’approprie chaque jour de nouveaux codes pour les tester, les digérer et les reproduire pour faire disparaître les doutes quant à mon identité. Je joue le jeu pour comprendre et sûrement y trouver l’apaisement d’une place. 

Faut-il se soigner ou continuer à croire que le prince viendra, que l’élu nous sauvera, que l’amour et tout le packaging feront de nous des êtres enfin accomplis ?

Ah le mythe du sauveur ! L’idéalisation de l’homme et de la femme, dans le sens de la beauté, de l’amour, de la jeunesse, de l’héroïsme. 

Le Prince, la princesse, l’amour éternel et son mythe ?

Le mythe ?

Et si sa destruction nous était salvatrice ?

Attaquons-nous à la détresse qu’il provoque. 

Intéressons-nous à sa transformation, au moment où il s’effondre et qu’il provoque le rejet et l’envie d’exploser. 

Passé le moment de la désillusion, de la violence, jouissons du souffle de vie qu’il crée.

Fêtons la crise qui engendre un sursaut d’envies.

Je m’intéresse à une utopie qui serait d’échapper au mythe. 

Je m’intéresse à « l’après-mythe » !

Pour le projet « Belle d’Hier », c’est la violence de la confrontation entre l’humain et la matière qui est importante, pour donner la force dramaturgique et émotionnelle. La glace, le froid puis l’eau froide provenant de la décongélation et enfin la sublimation par la vapeur.

Devant vous, l’étrange mouvement de cinq individus sortant d’un lingot géant dépose une armée de corps silencieusement. Des « carapaces» congelées en formes humaines : des icônes, un possible sacre. Une solennité rendue par le froid semble-t-il éternelle…

Des corps moulés, pétrifiés par le froid, qu’à présent nous regardons se décomposer sous l’effet de la chaleur. La scène à la beauté éphémère devient un champ de bataille, un amas pourrissant. Eux aussi observent ce carnage, nos cinq individus continuent leur besogne. C’est une boucherie, les carapaces sont démembrées, suspendues, maltraitées. C’est l’usine, le grand nettoyage… 

C’est la vérité, sous ces tenues extra-terrestres, ce sont elles, celles que je nomme « nos rageuses », assoiffées d’envies, prêtes à se battre pour assécher les dernières gouttes du mensonge. Elles sont savoureusement hors de contrôle. Elles sont les ouvrières, les promises, les guerrières qui troublent un ordre trop longtemps établi. S’affranchir de la douleur, tel est l’enjeu. Elles rivalisent par les gestes répétitifs et entêtants de la lessive.

S’extraire est alors un acte à la portée de chacune d’entre nous ! 

Equipe de Création

Idée originale et scénographie : Phia Ménard

Dramaturgie et mise en scène : Phia Ménard et Jean-Luc Beaujault

Création et interprétation : Isabelle Bats, Cécile Cozzolino, Géraldine Pochon

Marlène Rostaing, Jeanne Vallauri

Composition sonore et régie son : Ivan Roussel

Création lumière et régie lumière : Alice Rüest

Création robes et costumes congelés : Fabrice Ilia Leroy

Régie générale et plateau : Pierre Blanchet

Régie plateau : Mateo Provost

Régie des glaces : Rodolphe Thibaud

Construction décor et accessoires : Philippe Ragot assisté de Angela Kornie

Photographies : Jean-Luc Beaujault

Co-directrice, administratrice et chargée de diffusion : Claire Massonnet

Régisseur général : Olivier Gicquiaud

Chargée de production : Clarisse Mérot

Chargé de communication : Adrien Poulard

Production exécutive : Compagnie Non Nova.

Résidence et coproduction : Espace Malraux, Scène Nationale de Chambéry et de la Savoie, la Brèche, Pôle National des Arts du Cirque de Normandie / Cherbourg-Octeville, le Carré, Scène nationale de Château-Gontier.

Coproduction : Festival Montpellier Danse 2015, Théâtre de la Ville – Paris, le lieu unique, scène nationale de Nantes, Le Grand T, scène conventionnée de Loire-Atlantique, Le Quai – CDN – Angers, Théâtre d’Orléans, scène nationale, La Criée – Théâtre national de Marseille,  Théâtre Les Treize Arches, scène conventionnée de Brive-la-Gaillarde, La Verrerie, Pôle National des Arts du Cirque Languedoc-Roussillon – Alès, Le Théâtre, scène nationale de Saint-Nazaire – Maillon, Théâtre de Strasbourg – Scène européenne, TJP Centre Dramatique National d’Alsace-Strasbourg, le Grand R, scène nationale de La Roche-sur-Yon, Comédie de Caen – CDN de Normandie.

Avec le soutien du Théâtre de Cornouaille, scène nationale de Quimper, Scène Nationale de Sète et du Bassin de Thau, Le Cratère, scène nationale d’Alès, Les Quinconces-L’espal théâtres, scène conventionnée danse Le Mans.

Avec le soutien technologique de JF Cesbron, fournisseur de solutions globales de services dans les domaines frigorifiques, thermiques et énergétiques.

La Compagnie Non Nova – Phia Ménard est conventionnée et soutenue par l’État – Préfèt de la région des Pays de la Loire – direction régionale des affaires culturelles, la Ville de Nantes, le Conseil Régional des Pays de la Loire et le Conseil Départemental de Loire-Atlantique. Elle reçoit le soutien de l’Institut Français et de la Fondation BNP Paribas.

La Compagnie Non Nova – Phia Ménard est artiste associée à l’Espace Malraux Scène nationale de Chambéry et de la Savoie et au TNB, Centre Européen Théâtral et Chorégraphique de Rennes.

 

Photos

Vidéo

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