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Saison Sèche

I.C.E.

Saison Sèche

Naître dans le sang et les contractions.

Entrevoir une lumière à l’extrémité du tunnel.

Être saisie par des mains étrangères.

Affronter le seuil de l’oxygène.

Respire ! Expire !

Oublier.

Combien de fois retenir son souffle à présent.

La peau n’est pas tout pourtant elle te nomme.

Ta couleur. 

Ton sexe. 

Ta voix.

Tout diffère.

Tu te dois d’être ce que l’on t’accroche.

Que faire ?

S’offrir une virginité parmi la souillure…

Se reconnaître parmi les ravagés, est-ce sortir de l’impasse ?

 » T’as de belles cuisses. J’aimerais bien que tu les écartes pour moi, sale pute »        

Lyon: Un type d’au moins 70 ans me murmure ceci en sortant du bus.

 » Avec ce rouge à lèvres, je parie que ça va accrocher quand tu voudras me sucer. »      

Rouen :  Sur la place du marché, par un des brocanteurs.

 » Toi si t’es enceinte, je veux bien te faire le deuxième maintenant »         

Salon de Provence: j’accouche dans une semaine, un homme assis à une terrasse me dit ceci, alors que je marche dans la rue.

« Oh la petite jeunesse !!! J’ai la quéquette en feu, ça vous gêne pas ? »        

Amiens : Par un homme âgé dans la rue.

« Mais quel beau bout de viande! »             

Bruxelles: Un homme de 30/40 ans qui me croise dans la rue.

« La salope, elle fait du vélo avec sa chatte. »           

Lille: 10h07 du matin.

« Tu sens la vierge… je peux t’aider à changer ça ! Ha ha ha je vois dans tes yeux que t’as peur, ça m’excite encore plus, sale petite chienne… je vais te fourrer jusqu’à ce que tu ne puisses plus marcher. »          

Paris: Métro ligne 2, 18h. J’ai 13 ans, il a la quarantaine et me chuchote ça dans l’oreille. Je suis tellement terrifiée que je suis paralysée.

« Oh putain, c’est des sales gouinasses! Les saloooopes! On va vous fourrer jusqu’à ce que vous aimiez la bite, grosses putes ! »      

Saint Etienne: Insultées, ma copine et moi, à un arrêt de tram par 3 jeunes devant des passants indifférents.

« Ça te gratte, tu veux que je te gratte ? Salope ! »   

Nice : Crié par un mec d’une trentaine d’années en scooter, alors que je marchais sur le trottoir.

« Pédale salope »   

Avignon, ce matin.                                                            

                 

 « Salope »

« Salope »

« Salope »

« Salope »

« Salope »

« Salope »

« Salope »

« Salope »

Ad Nauseum

AVANT-PROPOS

Vous et moi, c’est une sphère publique et parfois une sphère privée. Vous savez que j’aime interroger « vos » publics dans ce qu’ils sont et ce qu’ils attendent d’un spectacle. C’est l’œuvre, dans la trace qu’elle laisse, et hante les corps et les conversations qui m’importe. Je hais la sacralisation de l’artiste, l’œuvre est sacrée et cela suffit. Il n’y a pas pour moi pire société que celle de la suffisance. J’ai un passé de spectatrice avec des œuvres, des auteurs, des interprètes dont je me réjouis qu’ils me rendent inconsolable de leur justesse. Plus je vais au théâtre plus je veux que l’on m’arrache du réel et de la puanteur du monde ou alors que l’on m’offre de la sublimer !

Je souffre (comme vous peut-être) de ne pas savoir espérer un avenir serein. Dans la sphère publique, nous faisons bonne figure et dans le privé, nous sommes enclins au ravage. Plus les religions, les moralistes et leurs pestes brunes s’immiscent dans nos vies, plus j’aspire à ce que des extra-terrestres débarquent version « Rencontre du 3ième type » pour les embarquer vers d’autres galaxies… Mince alors, voilà ce qui me ferait vraiment plaisir, en passant, on pourrait leur proposer en bonus un Poutine, un Trump, un Erdogan, une Marine et deux ou trois politiciens de chez nous, quelques banquiers, actionnaires et patrons à caler au fond de la soucoupe !

Rassurez-vous, je vais bien. !  C’est ma méthode, plutôt que fondre en larmes en regardant les images des conséquences des politiques libérales et d’austérité, j’imagine des scénarios à la H.G. Wells et hop bon débarras !

Avant de répondre à toutes vos interrogations sur cette nouvelle création de la Compagnie Non Nova, il me faut vous parler de cette plaie qui ne se referme pas : le patriarcat et de l’impact de ce pouvoir oppressif  sur les femmes et donc sur l’humanité en général.

Je ne suis pas née dans le corps d’une femme. J’ai construit mon identité par l’impossibilité d’être un homme. Dans notre société, vous êtes soit un homme, soit une femme. Le corps d’une personne transgenre n’existe donc pas ici. Peut-être penserez vous que c’est réducteur mais tel est le droit français, c’est la binarité. Vous m’entendrez alors crier encore longtemps : on ne choisit ni de naître, ni sa couleur, ni son sexe, ni son genre, ni d’être hétéro, homo, lesbienne ou trans, on ne choisit rien !  Alors rendez-nous la liberté de vivre.

Déjà, adolescent, dans le corps de l’homme naissant qui m’était chaque jour un peu plus étranger je me savais féministe et je l’affirme, avant-même de comprendre mon identité de femme, j’avais de l’empathie pour ce combat et en même temps je ne pouvais qu’intellectualiser la violence que subissent les femmes.

J’ai aujourd’hui le corps d’une femme et les gestes mélangés d’habitudes empruntées aux deux identités, je suis une femme en devenir comme le définit Simone de Beauvoir (« On ne naît pas femme, on le devient »).  Je serais tentée d’y ajouter que l’on devient femme certes, mais à quel prix et au bout de combien de combats et de renoncements… Regardez ! Me voici dans la « norme », et au cœur du sujet. Mon corps a changé de place dans la société et m’a projetée au milieu du conflit. 

Faisons simple, je plante la scène : avant, dans le corps masculinisé, j’étais identifié comme un mâle, j’avais une liberté quasi absolue de mes mouvements, mes actes, mes tenues vestimentaires, j’avais un droit à l’invisibilité, à l’indifférence quelles que soient les rues, les horaires, les lieux. Je jouissais de l’innocence, permettez l’image,  d’un dominant (pas très convaincant) parmi d’autres. J’étais un prédateur inconscient de son pouvoir.

À présent je suis cette femme, un corps différent sur lequel se portent des regards. Un corps scruté, quasi tout de suite sexualisé, dont les tenues, les mouvements, les actes sont soumis à une  sorte de loi de la jungle. La ville d’hier, celle où je déambulais est devenue une jungle de regards et de maux. Je suis belle, je suis seule, je cherche de la compagnie, je m’ennuie, je devrais avoir un amoureux, je suis sexy, je suis prête à écarter les cuisses, je sais sucer, j’aime le sexe, je suis une salope… Là voyez-vous, c’est sûr, pas besoin  de papier pour justifier mon identité, je suis bel et bien une femme. Je suis sortie de la majorité au pouvoir pour une majorité soumise ! Une personne à qui l’on rappelle sans cesse les limites de sa liberté.

JE SUIS DEVENUE UNE PROIE.

Vous comprenez alors combien je peux dire que mon féminisme d’avant ma transformation fut un combat de pensée mais que je dois qualifier de loisir politique ! Ce combat m’est devenu absolu du simple fait qu’il n’y a aucun moyen d’échapper à la permanence du corps. Je suis un corps féminin qui subit une contrainte injustifiée. Je résiste donc à cette soumission. Je refuse l’usurpation de pouvoir par des hommes. Ce combat n’est pas une haine des hommes mais le rejet d’un système d’oppression.

JE NE SUIS PAS TA PROIE ET JAMAIS NE LE SERAI. 

*« Au début de mes travaux, j’ai mis l’accent sur le genre comme une sorte de loi, et je pense toujours qu’il y a des actes qui, répétés dans le temps, peuvent créer et confirmer une identité de genre. Mais le genre est également une catégorie d’analyse pour penser des concepts politiques essentiels tels que la distinction public-privé, la sphère publique et l’égalité. Quand nous disons que ces concepts politiques sont genrés, nous disons qu’ils ont été constitués à partir de certaines hypothèses de genre. Mais le genre est également quelque chose que nous subissons, une partie de notre formation. Ceci semble évident quand on pense à l’assignation du genre non seulement comme quelque chose qui est arrivé une fois, mais aussi quelque chose qui se produit tous les jours, dans la rue, dans les institutions publiques, au sein des établissements médicaux et juridiques. » Judith Butler, philosophe. Interview donnée au journal l’Humanité le 14 janvier 2014 au sujet de son livre « Trouble dans le genre »

J’AI BESOIN  DE LA CHAIRE, DE LA SUEUR ET DE SINCÉRITÉ, ET VOUS ?

Être soi donc dans la société normative, est une épreuve ô combien risquée, tant chaque parcelle de nos gestes semble sous contrôle. 

Nous avons franchi des murs pour en trouver de nouveaux… Encore et toujours des rôles, celui de la femme et de l’homme, modèles sous l’emprise de leurs pulsions ingurgitées. Nos corps sont imprégnés de nos habitudes enseignées. Combien de fois vous êtes-vous dit : ce geste d’où vient-il ? Est-il de moi ? Est-ce l’héritage de mon père, de ma mère ou juste celui d’un mimétisme sociétal ?

On ne désapprend pas, la mémoire nous trahit, elle nous refuse l’oubli de ce qui nous déplaît en nous.

S’extraire des traces de l’assignation des genres*, ne se passe pas sans hésitations même si c’est une obsolescence que l’on aimerait savoir déprogrammer.

Se défaire d’un ordre social pour renaître, même si cela se doit par le sang une fois encore.

Celui d’un combattant sans sexe, dont le sang indiffère qu’il soit d’une plaie ou menstruel.

C’est une partie de chasse contre nous-mêmes. La proie devient une prédatrice d’une bataille que je nomme «  Saison Sèche ».

Le sol tremble et déjà les murs suintent …Nous avons servi de cobayes à une gigantesque expérience et le monde entier voudra désormais savoir comment nous y survivrons. »

Saison Sèche

Là s’arrête le discours. Ici commence la question de l’acte.

Je suis une artiste, je cherche des formes, des gestes pour nourrir nos imaginaires.  Comme le signifie notre nom de compagnie Non Nova : RIEN DE NOUVEAU, je me nourris de l’histoire pour la confronter au présent. Ma nécessité se loge dans le besoin de vous proposer des expériences d’art où se mêlent les désirs autant que les dégoûts, intellectuels autant que charnels. Je sais que ces objets sont parfois difficiles à définir et éprouvants. Je le conçois, je pratique la confrontation. Je vous demande de la patience. J’aime rompre le confort de la beauté. Ah c’est sans doute cela ma folie : le refus du confort pour créer un chaos !

C’est un théâtre, où l’on tord les usages pour créer les espaces et les rencontres inappropriés entre corps et matières vivantes. Les corps sont souvent à l’épreuve de la résistance, ils se battent, se fédèrent, se soutiennent.

Les mots y sont des chorégraphies de gestes répétitifs pour en laisser percevoir la précision implacable. Ce sont souvent des rituels, des combats que l’on sait perdus d’avance mais qui  cherchent à réveiller nos désirs de défier l’inconnu. Les éléments naturels y sont d’indomptables partenaires de jeu aux capacités de transformation sublimatoires. Après la glace, le vent, l’eau la vapeur, c’est le tellurisme qui m’inspire. J’ai besoin du tremblement de la terre, des fissures, de solides devenant liquides, de visqueuses boues noires dont rien ne peut arrêter le chemin.

Aujourd’hui j’ai besoin de vous convier à un rituel que je nomme « Saison Sèche ». Celui d’une danse de femmes mais pas seulement, à qui je demande de défier le pouvoir patriarcal qui semble immuable. Un parcours initiatique par l’invention d’un corps, d’avatars transgenres capables d’affronter un pouvoir que ces murs blancs semblent protéger. Tout peut nous sembler immuable, et pourtant je vous le dis, la danse, la musique, le théâtre, la poésie, sont les rituels de nos combats en devenir…

Castigat Ridendo Mores. ELLE CORRIGE LES MŒURS EN RIANT

Avez-vous vu le film « Les maîtres fous »  que Jean Rouch a tourné en 1955 au Ghana ?

Dans ce film nous suivons la pratique rituelle d’une secte religieuse, les Hauka. Comme tout rituel, celui-ci est extrêmement codé, les rôles sont distribués et l’ensemble des participants convoque des Esprits dont la possession est à la fois belle et terrifiante. D’une force visuelle incroyable, ce film me hante. Là où nous, nous regardons un film, admirons le spectacle, eux convoquent réellement les esprits des colonisateurs et semblent certains de pouvoir les influencer. Y sont-ils parvenu ? Peut-être…

  

Une scénographie mouvante et des corps sous pression.

Je cherche la matière, l’indomptable…

Pour « Saison Sèche », c’est l’envie de travailler sur l’ondulation et la sueur qui m’est apparue comme un phénomène lié au rituel. Je travaille autour des phénomènes de tremblement des sols, parois, plafonds, des oscillations lumineuses et sonores, et de transformation du solide en mou comme une croûte terrestre laissant sortir des flux de boues. C’est au cours de nos tournées dans des régions volcaniques, notamment à l’Ile de La Réunion  ou en Indonésie, que j’ai porté un regard fasciné et d’effroi à la matière minérale en mouvement des volcans et des tremblements de terre. Bien sûr, loin de moi la possibilité de créer sur scène un tel spectacle mais l’envie de susciter la tension de l’attente et de la peur qu’éveillent ces phénomènes invisibles.

 

La scène  est une boîte faite de trois murs et d’un plafond et un sol en pente, le tout d’un blanc immaculé. Cette boîte est une machine dont la hauteur du plafond varie suivant les scènes.  Les murs solides sont en carton alvéolaire épais et résistant. Ils se déforment et se fissurent au fur et à mesure du rituel, sous l’effet de tremblements mécaniques et d’injection d’eau.

Le carton, très résistant lorsqu’il est sec, devient mou dès qu’il est humidifié, et laisse apparaître des liquides visqueux noirs. Plus le rituel prend forme et plus les murs saignent jusqu’à rompre de toutes parts.

 

  

Equipe de Création

Dramaturgie et mise en scène : Phia MÉNARD et Jean-Luc BEAUJAULT

Scénographie : Phia MÉNARD 

Création et interprétation : Marion BLONDEAU, Anna GAÏOTTI, Elise LEGROS, Phia MÉNARD, Marion PARPIROLLES, Marlène ROSTAING, Jeanne VALLAURI, Amandine VANDROTH

Composition sonore : Ivan ROUSSEL

Diffusion de la bande sonore : Ivan ROUSSEL en alternance Mateo PROVOST

Création lumière : Laïs FOULC

Régie lumière : Olivier TESSIER

Régie générale de création : Benoît DESNOS

Régie plateau : Benoît DESNOS, Mateo PROVOST, Rodolphe THIBAUD en alternance Ludovic LOSQUIN 

Costumes et accessoires : Fabrice Ilia LEROY

Construction décor et accessoires : Philippe RAGOT

Photographies : Jean-Luc BEAUJAULT

Co-directrice, administratrice et chargée de diffusion : Claire MASSONNET

Régisseur général : Olivier GICQUIAUD

Chargée de production : Clarisse MÉROT

Chargé de communication : Adrien POULARD

Pièce de l’Eau et du Visqueux – Durée 1h30

Production : Compagnie Non Nova.

Résidence et coproduction : Espace Malraux, Scène Nationale de Chambéry et de la Savoie et au TNB, Centre Européen Théâtral et Chorégraphique de Rennes.

Coproduction : Festival d’Avignon, La Criée – Théâtre national de Marseille, Théâtre des Quatre Saisons, Scène conventionnée Musique(s) – Gradignan (33), le Grand T, Théâtre de Loire-Atlantique à Nantes, la MC93, maison de la culture de Seine-Saint-Denis, Bobigny et le Théâtre de la Ville – Paris, Bonlieu, Scène nationale d’Annecy, TANDEM Scène nationale – Arras et Douai, le Théâtre d’Orléans, Scène Nationale.

« Saison Sèche » a bénéficié d’une aide à la création de la Fondation BNP Paribas.

Soutien (préachat) : la Filature, Scène nationale de Mulhouse, la Comédie de Valence, Centre Dramatique National de Drôme-Ardèche.

La Compagnie Non Nova – Phia Ménard est conventionnée et soutenue par l’État – Préfet de la région des Pays de la Loire – direction régionale des affaires culturelles, la Ville de Nantes, le Conseil Régional des Pays de la Loire et le Conseil Départemental de Loire-Atlantique. Elle reçoit le soutien de l’Institut Français et de la Fondation BNP Paribas.

La Compagnie Non Nova – Phia Ménard est artiste associée à l’Espace Malraux Scène nationale de Chambéry et de la Savoie et au TNB, Centre Européen Théâtral et Chorégraphique de Rennes.

 

Photos

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