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P.P.P.

I.C.E.

P.P.P.

Propos P.P.P.

Je suis sur les traces d’une écriture au langage simple, celle d’un être seul en scène.

Un bref arrêt du temps pour évoquer une transformation dans une chorégraphie liée aux éléments glacés qui l’entourent.

Un chemin traditionnel avec une narration perceptible.

Un être seul dans un espace vidé, comme un logement après le passage des huissiers, plus rien hormis des congélateurs, tels des malles renfermant un trésor, mais lequel ?

Que renferment-ils au juste ? Des objets ? Des denrées ? Un corps, peut-être ?

Là se joue le bras de fer de notre curiosité, celle de connaître son histoire secrète, une part de son intimité…

Laissons la place aux gestes d’un être solitaire questionnant son identité telle une quête pour pouvoir continuer à vivre. Un être jonglant, manipulant des objets congelés qui fondent, se transformant au contact de la peau et de l’air, laissant apparaître petit à petit une marre d’eau telle un bassin de larmes…   Peut-être est-ce une métaphore de nos traces?

Pour cette création, je puise mes inspirations dans les sensations et questionnements accumulés durant ces dix dernières années à parcourir le globe lors de tournées, ces moments où ma peau d’homme devenait insupportable, où je me sentais une femme travestie en homme dans le jeu des mâles. Dès mes premières créations, cette question de l’identité du genre n’a cessé de revenir comme une partie importante de ma réflexion artistique, certains films tel « l’année des 13 lunes » de Rainer Werner Fassbinder, entre autres n’ont cessé de réanimer mon questionnement.

Pour cette création intime, je désirais revenir à la jonglerie comme fondement d’écriture, non pas comme un retour sur un ancien chemin mais avec l’envie de porter sur scène un autre regard sur le jonglage par l’intermédiaire d’une matière bousculant mes connaissances. Jongler de la glace est plus qu’un défi, c’est un dialogue avec une matière se transformant à chaque instant. Du bloc congelé à la flaque d’eau, un parcours semé d’obstacles qui finit toujours par vous ramener à la Position Parallèle au Plancher!

Phia Ménard

Distribution

Directrice artistique, chorégraphie et interprétation : Phia MENARD
Assistée de Jean-Luc BEAUJAULT
Création lumière : Robin DECAUX
Régie lumière : Aurore BAUDOUIN
Création musique et espace sonore : Ivan ROUSSEL
Diffusion des bandes sonores en alternance : Ivan ROUSSEL et Olivier GICQUIAUD
Création plateau, manipulations : Pierre BLANCHET
Régie plateau et manipulations en alternance : Pierre BLANCHET et Manuel MENES
Régie des glaces en alternance : Jean-Luc BEAUJAULT et Rodolphe THIBAUD
Costumes : Phia MENARD et Marilou MEYER
Construction des robots : Philippe RAGOT
Scénographie : Phia MENARD et Jean-Luc BEAUJAULT
Photographies : Jean-Luc BEAUJAULT
Co-directrice, administratrice et diffusion : Claire MASSONNET
Régisseur général : Olivier GICQUIAUD
Chargée de production : Clarisse MEROT
Chargé de communication : Adrien POULARD
Attachée à la diffusion : Lara CORTESI

Manipulation de matières – Pièce de Glace – Durée : 1 h – Spectacle à partir de 15 ans

Mentions

Coproduction Cirque Jules Verne d’Amiens, coproduction et résidence : Les Subsistances / Lyon / France. Spectacle créé avec le soutien du Théâtre de la Cité Internationale de Paris, l’Institut Français d’Afrique du Sud et l’Institut Français (convention Institut Français / DRAC / Région des Pays de la Loire), le Lieu Unique, scène nationale de Nantes, l’Arc, scène conventionnée de Rezé (44), le Grand R, scène nationale de la Roche-sur-Yon (85), Le Cargo de Segré (49) et l’Hippodrome, scène nationale de Douai (59).

La Compagnie Non Nova – Phia Ménard est conventionnée et soutenue par l’État – Préfète de la région des Pays de la Loire – direction régionale des affaires culturelles, la Ville de Nantes, le Conseil Régional des Pays de la Loire et le Conseil Départemental de Loire-Atlantique. Elle reçoit le soutien de l’Institut Français et de la Fondation BNP Paribas.

La Compagnie Non Nova – Phia Ménard est artiste associée à l’Espace Malraux Scène nationale de Chambéry et de la Savoie et au TNB, Centre Européen Théâtral et Chorégraphique de Rennes.

 

Photos

Vidéo

Les tout derniers propos confiés par Phia Ménard au Théâtre des 4 Saisons à Gradignan (entretien réalisé par Yves Kafka le 18 Novembre 2013) :

Y.K. Vous avez choisi comme nom pour votre compagnie « Non Nova », c’est-à-dire « pas d’invention, pas de création », ce qui n’est pas sans intriguer… Pour une troupe qui s’inscrit délibérément du côté de la création artistique, ça résonne bizarrement ; on y perd un peu son latin !

Phia Ménard : Je suis partie effectivement d’une citation latine « Non nova, Sed nove » que j’aimais et que je traduirais par : « Nous n’inventons rien, nous le voyons différemment. ». C’était le choix de dire : Je ne vais pas prétendre inventer quoi que ce soit, mais nous autres artistes nous passons notre temps à rappeler des sujets de manière différente pour que ces sujets soient bien présents. Et puis parce que « Non Nova », par très grande provocation, c’est aussi « Rien de nouveau » … et c’est là, justement, dans ce « rien de nouveau », que l’on va vous étonner !

Y.K. Justement, par rapport à l’effet d’étonnement… Camille Trouvé qui vous a précédé sur le plateau du T4S avec « Les Mains de Camille » a élu le papier comme matériau « à la fois fragile et résistant » pour raconter l’histoire de Camille Claudel … Vous, c’est la glace que vous avez élue comme matériau de jonglage ! La jongleuse que vous êtes, Phia Ménard, ne serait-elle pas un peu … « givrée » ?

Phia Ménard : (rires) Je peux vous dire que pendant la création, j’ai eu la même pensée que vous, je me suis dit que j’étais bien délurée ! Et finalement si j’ai choisi cette matière, c’est que tout d’abord c’est une matière de fascination… Pendant des années j’ai travaillé avec des objets qui avaient toujours une valeur d’objet. C’est-à-dire qu’on attendait de moi la virtuosité à manipuler des objets très référencés. A partir du moment où j’ai voulu modifier ce rapport avec le public, je me suis dit qu’il fallait proposer autre chose.

Je suis passée par des stades intermédiaires, que j’ai appelés « l’injonglabilité », en utilisant des objets qui n’aient pas de référents dans l’imaginaire collectif comme étant des objets codifiés de langage. J’ai commencé avec des statues, etc. et puis je me suis arrêtée pour me dire qu’il fallait aller plus loin dans cette recherche. Il fallait passer par un élément qui soit commun à tout le monde, que cet imaginaire-là soit véhiculé directement par chaque spectateur.

C’est ce qui m’a amené à la glace, la fascination qu’elle exerce. C’est une matière qu’on trouve très belle, on la regarde. Elle est toujours d’une manière ou d’une autre un objet de curiosité : en plus de son côté « attraction », elle renferme un aspect « répulsion ». La glace c’est froid, et on n’a pas forcément envie d’être dans la glace. Cela peut être aussi une image de la mort … A partir de toutes ces représentations suscitées dans les imaginaires par la glace, représentations liées à la manière dont nos sociétés appréhendent cette matière, je me suis dit qu’il fallait que j’utilise cet élément pour qu’il devienne un véhicule de l’imaginaire.

Y.K. Vous ne vous êtes certainement pas facilité la tâche en choisissant ce matériau rebelle au jonglage mais, en vous écoutant, on perçoit que votre choix n’est pas non plus uniquement esthétique. Cette matière qui passe de l’état de corps solide à celui de corps liquide, voire à l’air quand l’eau s’évapore, c’est un peu comme une mise en abîme d’une « autre scène » … comme si vous disiez autre chose que ce qui est directement montré…

Phia Ménard : Bien sûr. Je suis profondément liée à des questions qui sont politiques, qui sont écologiques. Mon travail est traversé par toutes ces réflexions. Je dirais que je les mets en effet sur scène mais dans des actes poétiques, aucunement narratifs ; j’ai horreur de la narration, j’ai horreur des didactismes (d’autant plus en art), donc pour moi il s’agit de provoquer des pistes qui soient autant de possibilités de dialogue. Et le dialogue, c’est avec l’imaginaire du spectateur qu’il a lieu.

Le théâtre n’est pas un lieu de divertissement. C’est pour moi un lieu à part dans la société, un lieu où l’on vient convoquer l’imaginaire ; un imaginaire qui ne se convoque plus aujourd’hui que dans cet endroit-là. En effet, cette société de médias, cette société d’écrans, cette société d’images, ne fait que remplir par accumulation mais ne nourrit pas l’imaginaire. C’est peut-être notre grande chance : pouvoir rappeler cette fonction essentielle du théâtre.

Je dis souvent aux spectateurs que je ne suis pas là pour « montrer » mais pour leur « faire vivre » une expérience, quelque chose que la télé ne leur fera jamais ressentir. Alors je parle au corps, je parle à l’épiderme du spectateur, j’essaie de lui parler par des vecteurs très différents pour qu’il puisse finalement se sentir humain, se sentir pleinement vivant. C’est pour moi une notion essentielle : le théâtre est un endroit où on se ressent vivant et vivante.

Y.K. … un théâtre qui reste aussi lui-même plein de vitalité malgré toutes les attaques dont il est l’objet… Vous affirmez votre désir de convoquer, par le biais de la forme poétique, l’imaginaire du spectateur et sa réflexion. Alors, comment ressentez-vous certains faits de société, comme la protestation de ceux qui exigent que disparaisse des programmes scolaires la question du genre nouvellement introduite, ou encore comme le « scandale » causé par l’image dans un catalogue de jouets pour noël d’un garçonnet poussant un bébé dans sa poussette, catalogue que les mêmes voudraient voir interdire… Qu’est-ce que cela vous inspire sur l’état de notre société ?

Phia Ménard : Cela m’inspire une très grande rage … J’écoutais une émission sur le racisme. On voit très bien que notre France fait partie de la vieille Europe. Alors pour moi qui ai cette chance de voyager à l’étranger, je vois ce qu’est un vieux continent comparé à un nouveau comme l’Amérique du Sud. On emprunte des chemins qui ressemblent de plus en plus à ceux des années trente ; c’est-à-dire on est dans une société qui n’accepte pas la transformation de la vie et qui ne vit que sur des visions complètement rétrogrades du monde. Je suis attristée et en même temps, je ne peux que crier ma colère.

Je soutiens pleinement Christiane Taubira. Nous sommes des Christiane Taubira, nous aussi, moi en tant que personne transsexuelle, en tant que personne lesbienne, donc considérée comme vraiment de la déchéance humaine par une partie de la société à qui je répète sans arrêt que nous n’avons pas choisi de naître mais simplement de continuer à vivre. Et dans ce choix-là, nous continuons d’exister pour que cette société soit meilleure. Et la rendre meilleure, c’est leur rappeler qu’ils n’ont pas les yeux ouverts sur le monde. Je ne leur souhaite qu’une seule chose, c’est une mort rapide pour ne pas les déboussoler encore plus. Sinon je crois que les années à venir vont être des années de désespoir pour ces gens … Par ailleurs je lisais dans Libération un article disant : « C’est vous Mme Taubira la belle personne. » De même, la loi qui fait que des personnes du même sexe puissent, si elles le désirent, faire le choix de se marier et de fonder une famille, est un signe de ce qui bouge.

C’est vrai que je reste avec cette rage, avec ce combat. Je viens de reprendre P.P.P. après deux ans d’arrêt, car on me le demande … P.P.P. il faut rappeler que je l’ai vécu comme un coming out … j’ai arrêté alors de mentir, j’ai dit « je suis une femme », je m’étais travestie dans la peau d’un homme pendant des années et puis j’ai décidé d’assumer, de vivre enfin ce que je suis, et de rappeler que dans la société française nous sommes toujours discriminés. En effet P.P.P., même si c’est une pièce sur l’imaginaire, met en scène quelqu’un qui se questionne sur son identité. Avec sa valeur poétique très forte, elle permet de comprendre le danger de cette situation et ce que c’est que l’être humain perdu dans cet espace.

Ensuite, dans les rencontres que je fais avec les spectateurs, je rappelle que moi-même, personne transsexuelle, je suis une personne sans papiers ; non expulsable certes, moi on ne m’enverra pas dans un charter ! Mais je souligne que, l’Etat, pour que je puisse avoir des papiers, me demandera d’être stérilisée ; ce qui est un acte d’eugénisme. Et puis je devrai accepter qu’un médecin assermenté par le Tribunal me mette un doigt dans le vagin pour vérifier que j’ai bien changé de sexe ; ce qui est un viol d’Etat.

La question du genre reste donc essentielle pour notre société (même si des avancées ont eu lieu) et on se doit bien sûr d’interroger les reproductions de rôles sociaux induites par les catalogues traditionnels de jouets qui assignent à chacun et chacune une place déterminée par son sexe de naissance. Peut-être peut-on, pour cette question, renvoyer au modèle argentin. L’Argentine a été le premier pays à permettre aux transsexuels de vivre normalement en leur donnant des papiers. Là-bas, il suffit de trois personnes (famille, proche ou membre de la société professionnelle) qui attestent auprès d’un officier d’état-civil que la personne s’intègre dans la société comme femme ou homme et qu’ils la reconnaissent ainsi pour que soit délivré un papier prenant acte d’un changement d’identité. Alors que dans la société française, il faut passer au Tribunal de Grande Instance et être suivi(e) psychiatriquement.

Y.K. Ce qui tendrait à confirmer que nous sommes « un vieux continent » … P.P.P. vous l’avez créé quand, précisément ?

Phia Ménard : En janvier 2008, aux Subsistances à Lyon … On se déplace avec deux tonnes de glace préparée par notre maître glacier. La scénographie même est une scénographie éphémère. Après deux années d’interruption, on reprend le spectacle avec un vrai plaisir artistique.

Pour nous, l’art est très différent de la culture. La culture est faite d’un ensemble d’objets identifiables. L’art est une inconnue et c’est dans cette inconnue que j’évolue. Bien sûr l’art se vend dans la culture mais la culture n’est pas forcément de l’art.

Nous, la Compagnie Non Nova, nous ne cherchons pas à faire de l’argent avec ce que nous créons. Nous vivons de ce que nous créons, bien évidemment, mais notre question première c’est une nécessité absolue de créer et de donner à vivre au spectateur des éléments qui vont lui permettre à son tour de continuer à rêver un monde ou à se rêver dans le monde. C’est là pour moi, un élément crucial de l’art. L’art est à cet endroit-là une nécessité dans ce sens où il marque le temps, l’espace. Il y a un avant certaines pièces, il y a un après.

Dans la culture, on a la notion de survie, surtout aujourd’hui où il y a énormément de propositions, de spectacles. Alors que l’art ne cherche pas à faire survivre des formes existantes. C’est un acte de vie, c’est un acte vivant. Je reprends souvent cette phrase de Serge Gainsbourg à qui on demandait comment il voulait mourir : « Moi je veux mourir vivant ! » Cela a un sens très fort : jusqu’au bout, vivre … Vivre les choses pleinement, donc faire reculer les impératifs qui seraient uniquement économiques.

Y.K. L’engagement artistique qui est le vôtre, et qui se traduit dans les formes atypiques que vous proposez, s’est-il heurté à des refus de programmation ?

Phia Ménard : Pendant des années, les programmateurs ne savaient comment étiqueter mes spectacles : Cirque ? Théâtre ? Danse ? Performance ? Et puis après n’avoir pas su où me mettre, ils me classent maintenant un peu n’importe où … mais peu importe.

Moi la question que je pose, c’est la suivante : Que peut-on dire de François Tanguy (du Théâtre du Radeau), de Jan Fabre, d’Angelica Liddell ? On les reconnaît comme « auteurs » et on se demande où ils en sont dans leur création. Je me considère dans cette frange de gens qui tentent d’écrire. C’est cela qui me semble important. La compagnie Non Nova a atteint une certaine lisibilité et on fait confiance à notre nom.

Y.K. Si la transdisciplinarité de vos propositions où vous convoquez plusieurs formes ne pose plus problème, en est-il de même pour le contenu de vos spectacles où vous abordez des sujets (comme celui du genre) qui constituent des nœuds de tension pour notre société ? En particulier en milieu scolaire ?

Phia Ménard : D’abord une précision : nous ne sommes pas programmés directement par les collèges et les lycées. Ce sont les théâtres qui nous amènent ce public. Sur P.P.P. il y a des indications qui déconseillent la pièce aux moins de dix ans, parce qu’il y a là une certaine violence. Mais non, il n’y a pas de fronde. Il faut dire que les spectateurs qui choisissent de venir sont déjà engagés dans un processus.

La question posée par la présence du jeune spectateur (je n’écris pas pour le jeune public, j’écris pour le public tout court) est plus celle de la capacité de l’adulte qui accompagne à accueillir les interrogations de l’enfant … Sans obligation pour autant d’y répondre, certaines questions restant sans réponse.

Y.K. la pluralité de lecture qui est proposée par la forme poétique permet d’échapper à tout didactisme et donc à chacun de se saisir de ce qui fait sens pour lui …

Phia Ménard : Complètement. Dans les formes que nous proposons, si j’étais didactique, je pense que ce serait dangereux. Et la conscience que nous avons de ce danger, c’est de bien comprendre que ce que nous devons au spectateur c’est la possibilité de se saisir d’un sujet, de se saisir d’une émotion, en toute liberté.

Si le théâtre doit créer une forme de dépendance qui amène le spectateur à ne plus pouvoir s’en passer (et il le doit !), c’est la dépendance à l’être humain et à la nécessité de connaître un monde que nous ne connaissons pas.

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